Live recording and mix by Boris Darley

Live at Respire Jazz Festival 2018Tribute to Joni Mitchell
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Respire Jazz 10ème : l’hommage à Joni Mitchell

29 Jun 2018 #Le Jazz Live

Respire Jazz 10ème : l’hommage à Joni Mitchell

29 Jun 2018 #Le Jazz Live

Par Franck Bergerot

Les voici qui entrent sur scène pour un “Hommage à Joni Mitchell” qui, plus encore que l’envie de partager la couche de la mère supérieure, m’a décidé à sacrifier le goût de l’inédit à ma routine charentaise. Car, pour l’avoir entendue l’an dernier en ce même lieu (mais à l’abri d’une grandiose bergerie pour cause de pluie) en compagnie de Paul Lay et Simon Tailleu, il ne fait pour moi aucun doute qu’Isabel Sörling est faite pour cet hommage. Je ne vais pas m’ériger en spécialiste de Joni Mitchell, ne sachant titrer un seul des morceaux qui seront interprétés ce soir, même ceux dont les premières notes électrisent ma mémoire. «…non seulement de grandes mélodies, précise Pierre Perchaud, mais aussi des textes splendides, pour ceux qui comprennent l’anglais, dommage pour les autres. » J’en fais partie, handicap impardonnable chez un rédacteur en chef de Jazz Magazine. Mais chaque fois que j’ai écouté Joni Mitchell, la curiosité m’a naturellement porté vers les transcriptions des paroles dans les livrets dont ma pratique de l’anglais écrit m’a permis d’apprécier le passionnel et l’épique.

Il fallait être un peu dingue pour imaginer pareilles mélodies et pareils textes ainsi noués les unes aux autres par cette compositrice qui réinvente l’harmonie à chaque chanson et qui est tout à la fois une prodigieuse diseuse. Isabel Sörling s’empare de cet art avec un naturel, une autorité et une passion telle que l’on ne sait bientôt plus dire si ce n’est pas elle qui “est emparée”, laissant filer toute sa personne dans l’abandon de ces amples refrains, se projetant corps et âme dans ces violents emportements, plongeant en apnée dans les climax de leurs folles abstractions, habitant / habitée par ces talking-songs dont la prosodie nous tient en équilibre instable et constant entre musique et art dramatique, avec de spectaculaires fusées vers l’aigu qu’Isabel Sörling réinvente comme en souvenir des appels de troupeaux qu’elle entendit dans les montagnes de sa Suède natale. Ailleurs, rêveuse, elle s’absente presque, se fredonnant pour elle-même quelque bribe tirée de l’oubli dont elle se berce comme on berce le sommeil d’un enfant ou le dernier soupir d’un mourant. Et si, dans cet embrasement, elle ne se laisse pas consumer par son sujet, c’est qu’elle maîtrise cette motricité rythmique un peu dingue qui autorisait Joni Mitchell à tutoyer la basse de Jaco Pastorius. Soudain, comme un flash, allez savoir pourquoi (moi je sais), m’est revenue en mémoire la folie douce du disque nouveau “Decade” de Lee Konitz en duo avec Dan Tepfer que je chroniquais dans le train roulant tout à l’heure vers Angoulême.

Christophe Panzani viendra sur scène pour se joindre au chœur constitué par les membres de l’orchestre autour du banjo de Pierre Perchaud qui cède sa guitare à la chanteuse le temps d’une chanson. Puis Panzani se saisira de son soprano, habité par le souvenir de Wayne Shorter, se coulera dans la poétique de Joni Sörling et Isabel Mitchell, par d’énigmatiques interjections glissées entre “leur chant”, puis vers la fin de la chanson, se mêlant aux fusées de la voix pour un grand bouquet artificier. Et l’orchestre ? Et bien, il est là, avec elle, d’une interaction discrète mais réelle et constante, qui n’a rien d’un accompagnement.

https://www.jazzmagazine.com/jazzlive/respire-jazz-10eme-lhommage-a-joni-mitchell/

Isabel Sörling (chant, guitare électrique)

Pierre Perchaud (guitare électrique, banjo, guitare lune chinoise, chœurs)

Simon Tailleu (contrebasse, chœurs)

Antoine Paganotti (batterie, chœurs)

+ invité : Christophe Panzani (sax ténor, chœurs)

All photos by Jean Yves Perraudin